Le Racisme, le Sexisme et l’Homophobie dans le Commentaire d'Alice Dreger sur la Controverse Bailey : Une analyse féministe
Curtis E. Hinkle
Fondateur de l’OII,
(Anciennes fonctions)
Président* de l’Organisation Nationale pour la Femme (SC)
Président* du comité sur les Questions Lesbiennes de l’Organisation Nationale pour la femme (National Organization for Women) http://www.now.org/
Michelle O'Brien
Chercheure en Sciences Sociales, Roehampton University.
Le contexte :
J. Michel Bailey est un psychologue américain connu pour son travail dans le domaine de la biologie sur l'orientation sexuelle et pour avoir écrit un article publié dans une revue juridique qui revendique le droit des parents d’avorter les enfants homosexuels (une fois que le dépistage in utero sera possible). En 2003, il a écrit un livre intitulé The Man Who Would Be Queen: The Science of Gender-Bending and Transsexualism. C’est un livre qui traite de l’homosexualité et la transsexualité. L'aspect le plus controversé du livre est sa division de toutes les transsexuelles (homme vers femme – mais pour lui elles sont toujours des hommes) en deux catégories basées sur l’orientation sexuelle et pas l'identité de genre. L’autogynéphilie est défini comme une paraphilie (un fétiche sexuel) associée à la masturbation. Les transsexuelles autogynéphiles sont excitées sexuellement par l’idée d’avoir un corps de femme et parfois par la féminisation chirurgicale (espèce de paraphilie ou désir d’amputation d’un membre. C’est la propension à être sexuellement attirée par la pensée de l'image de soi-même comme femme. Les transsexuelles « homosexuelles », la deuxième catégorie, est un groupe d’hommes « gays » qui, selon Bailey, sont beaucoup plus « mignons » que les autogynéphiles. Ce groupe change de sexe parce qu’elles sont aux mœurs légères et veulent coucher avec beaucoup d’hommes hétérosexuels.
En 2003, les critiques du livre de Bailey l’ont accusé de négligence professionnelle et d’abus de sujets de recherche. Par la suite, l’Université Northwestern, où Bailey est professeur, a fait sa propre enquête interne qui n'a jamais été rendue publique. Alice Dreger, une professeure à la même université qui a fait l'enquête a récemment écrit un article sur cette controverse qui sera publié dans la revue Archives of Sexual Development. Dreger conclut dans son article que Bailey fut la victime de harcèlement et d’intimidation par ses critiques qui voulaient ruiner sa carrière. Les critiques du livre prétendent que Bailey a diffamé la communauté transsexuelle et les femmes dont il parle dans son livre prétendent que Bailey les a dupées afin d’obtenir des informations privées sur leur vie sexuelle qu’il a publiées sans leur consentement. La plupart des femmes rejettent avec véhémence le diagnostic de Bailey qui les catégorise toutes comme ou autogynéphiles ou transsexuelles homosexuelles.
Après la lecture de l’article d'Alice Dreger sur la controverse Bailey, certaines d'entre nous ont été étonnées qu’une féministe (Alice Dreger veut faire croire qu’elle l’est) répète le même discours raciste, misogyne, hétérosexiste, et masturbatoire d’un homme anglo-saxon.
Les descriptions continuelles dans le livre de Bailey d’un groupe de femmes transsexuelles presque exclusivement composé de femmes hispaniques comme des prostituées nous apparaissent racistes, aussi bien que la répétition de ces descriptions par Alice Dreger dans son article; ces descriptions nous ont appris beaucoup plus sur Bailey et Dreger que sur les femmes hispaniques dont ils parlaient. C'est inquiétant que ce petit échantillon de transsexuelles « homosexuelles » de Bailey soit presque exclusivement des femmes hispaniques. La caractérisation de ces femmes hispaniques comme "particulièrement bien adaptées pour la prostitution" (1) nous étonne car c’est évident que c’est une interprétation raciste des données de recherche de Bailey; et Dreger donne l’impression d’approuver cette interprétation dans son article car elle ne fait jamais allusion au privilège que Bailey exerçait sur ce groupe de femmes très vulnérables et pauvres qui avaient besoin de son aide professionnel afin d’avoir accès aux traitements médicaux pour continuer leurs parcours de transition.
Les femmes hispaniques aux Etats-Unis se trouvent dans une situation beaucoup plus pénible que la plupart des femmes américaines. Cela nous semble invraisemblable qu’une historienne « féministe » néglige toutes ces questions économiques, sociales et de privilège dans son analyse de cette controverse et c’est une injustice grave aux femmes hispaniques.
Un autre problème passé sous silence par Alice Dreger est la sexualisation de sujets de recherche par le chercheur. Elle mentionne cela mais on a l’impression que c’est tout à fait acceptable qu’un chercheur parle de son excitation sexuelle pour ces sujets de recherche dans un livre destiné au grand public et elle ne parle pas des règles de conduite en vigueur aux Etats-Unis qui interdit un tel comportement vis-à-vis des sujets de recherche.
« Je ne sais pas comment dire ce que je veux dire avec plus de sensibilité. Donc, je ne vais pas y aller par quatre chemins. La plupart des transsexuelles « homosexuelles » sont beaucoup plus jolies que les transsexuelles autogynéphiles. » (Bailey, 2003, p.180).
Bailey réaffirme cette opinion quand il parle de sa propre excitation sexuelle pour une des femmes hispaniques qui est une transsexuelle « homosexuelle » :
« C’est impossible de ne pas regarder Kim de deux perspectives : en tant que chercheur mais aussi en tant qu’homme célibataire hétérosexuel. (ibid, p. 141).
Après nous lisons :
« Quand [Kim] est entrée dans mon laboratoire, ma première impression a été reconfirmée. Elle était stupéfiante. (Ensuite mon propre assistant, aussi hétérosexuel, m’a dit qu’il voudrait bien avoir des rapports sexuels avec elle, en sachant bien qu’elle avait toujours un pénis.) » (Dreger, 2007, p.19)
La caractérisation des transsexuelles « homosexuelles » (dans ce cas presque exclusivement des femmes hispaniques) comme «particulièrement bien adaptées pour la prostitution» (Bailey, 2003, p.185) est justifiée à cause de leur nature masculine homosexuelle immorale.
Par la suite, Bailey cite une des femmes qui se demande si cette forme de transsexualité n’est pas génétique (2) chez les hispaniques. C’est Bailey qui lui avait demandé pourquoi il y a tant de transsexuelles « homosexuelles » hispaniques (il oublie de mentionner qu’il drague ses sujets de recherches dans les bars gays situés dans les quartiers mexicains »). Évidemment cette femme n’est pas spécialiste en génétique et ne prétend pas savoir pourquoi il y en a tant. Cependant quand on lui demande pourquoi il a choisi de mettre cette citation dans son livre quand il a refusé de mettre toute autre idée qui n’était pas en accord avec ses propres idées, il a dit que ce n’est pas lui qui a dit cela mais la femme hispanique elle-même. Il avait connu ces femmes pendant très longtemps et avait une documentation copieuse et il a choisi spécifiquement cette citation tout en refusant de laisser les sujets de recherche changer quoi que ce soit dans son livre et il y avait plusieurs femmes qui étaient scandalisées par ce qu’il a écrit car ce n’était pas ce qu’elles avaient pensé ou dit en parlant de ses propres expériences.
Plusieurs critiques ont soutenu que les conclusions de Bailey révèlent une attitude raciste de sa part car son échantillon de femmes presque exclusivement hispaniques est si petit et il ne prend pas en compte leur pauvreté et la discrimination endémique contre les hispaniques aux Etats-Unis avant de conclure que ces femmes sont « particulièrement bien adaptées pour la prostitution ». Sa réponse : « ce sont les critiques qui sont intolérants. Qu’est-ce qu’ils ont contre la prostitution? » Ainsi, ce n’est pas lui qui a des préjugés. Non, ce sont les critiques de son « recherche » qui sont intolérants.
Bailey semble croire que les prostituées font ce métier parce qu’elles jouissent des rapports sexuels avec leurs clients. C’est une idée fausse commune et beaucoup d’hommes croient que c’est vrai, surtout ceux qui fréquentent les prostituées mais cela nous surprend qu’un chercheur en sciences sociales accepte une telle idée fausse. La plupart des femmes qui sont prostituées font ce métier pour mettre du pain sur la table, pour survivre. C’est un métier, pas une question de plaisir et c’est un métier très dur et dangereux. Et Dreger ne semble pas comprendre cela non plus. Encore une fois, selon elle, cela semble naturel.
Ce qui nous préoccupe le plus dans l’analyse de Dreger et de Bailey, c’est qu’ils prennent pour acquis que parmi ces transsexuelles «homosexuelles» que ce comportement stéréotypique d’un homme gay est quelque chose d’inné (pour eux les transsexuelles restent toujours des hommes) et dans ce cas que c’est quelque chose d’inné chez les hispaniques. C’est clairement homophobe et raciste.
Cette analyse de la controverse Bailey est raciste, homophobe et sexiste.
Si Alice Dreger est vraiment une féministe, pourquoi n’a-t-elle pas pris en compte les questions suivantes dans son analyse de cette affaire :
1. Pourquoi, avec peu d’exceptions, Bailey n’a-t-il choisi que des sujets de recherche hispaniques et pourquoi un si petit nombre ?
2. Avec un groupe qui ne peut pas être représentatif, comment Bailey peut-il arriver à la conclusion que toutes les transsexuelles «homosexuelles » sont « particulièrement bien adaptés pour la prostitution » ?
3. Pourquoi un psychologue professionnel ose-t-il exprimer ouvertement son excitation sexuelle pour un sujet de recherche dans un livre destiné au grand public et aussi celle de son assistant hétérosexuel ?
4. Comment peut-on passer sous silence le pouvoir professionnel et économique que Bailey avait sur ces femmes hispaniques qui se sentaient piégées en tant que sujets de recherche afin d’avoir accès aux traitements médicaux. Elles n’ont jamais été d’accord avec ses idées et elles n’ont jamais donné leur consentement à la divulgation de tous leurs fantasmes masturbatoires, expériences avec les clients, etc. Selon Dreger, Bailey était généreux (il a écrit une lettre officielle pour elles qui leur permettait d’entamer leur transition, c’est tout). C’est lui qui était victime selon elle quand ces femmes hispaniques ont dénoncé Bailey.
D'une perspective féministe, cette analyse de la controverse Bailey n’est pas du tout impartiale à notre avis. Dreger est professeure dans la même université que Bailey. L’université refuse de parler des résultats de son enquête interne et Dreger défend un homme qui a exploité un groupe de femmes hispaniques vulnérables et très pauvres qu’ils traitent de putains et elle conclut que c’est Bailey qui est la victime dans cette affaire. Nous ne sommes pas d’accord.
Notes :
(1) In referring to a group comprised almost exclusively of Latina women:
“In this sense, homosexual transsexuals might be especially well suited to
prostitution.” From, Bailey, The Man Who Would Be Queen, p.185
“As for shoplifting, homosexual transsexuals are not especially well suited as much as especially motivated.” From, Bailey, The Man Who Would Be Queen, p.185
(2) “Alma has also noticed, as I have, the large number of Latina transsexuals. In Chicago, there are several bars that cater to Latina transsexuals. About 60 percent of the homosexual transsexuals and drag queens we studied were Latina or black. The proportion of nonwhite subjects in our studies of ordinary gay men is typically only about 20 percent. Alma says she thinks that Hispanic people might have more transsexual genes than other ethnic groups do. Another transsexual, remarking on the same phenomenon, attributed it to ethnic gender roles: ‘My culture is very macho and intolerant of female behavior in men. It is easier just to become a woman.’” From, Bailey, The Man Who Would Be Queen, pp.183-184
Pour en savoir plus :
Queer Science:An 'elite' cadre of scientists and journalists tries to turn back the clock on sex, gender and race
By Heidi Beirich and Bob Moser
Human Biodiversity Discussion Group (HBDG): A discussion group of the Human Biodiversity Institute (HBI)
Steve Sailer, Founder and President
Northwestern prof's book under scrutiny
Northwestern U. Psychologist Is Accused of Having Sex With Research Subject By ROBIN WILSON
Homosexual eugenics article written by Bailey
Bailey is a Liar: abuse of an intersex research subject
Références :
Bailey, J. M., 2003, ‘The Man Who Would Be Queen’
Dreger, A. D., 2007, ‘The Controversy Surrounding Bailey’s ‘The Man Who Would Be Queen’.
Cet article est disponible en anglais sur :