Organisation Internationale des Intersexes
Pour les parents et leurs enfants
Notre Mission
- Militer en faveur des droits humains pour les intersexué-e-s.
- Faciliter un échange d'idées et de perspectives différentes sur l'intersexualité entre groupes et personnes à travers le monde.
- Fournir une fenêtre ouverte au vécu des intersexué-e-s à ceux et celles qui font de la recherche dans les domaines des soins médicaux pour enfants né-e-s avec des organes sexuels atypiques, de psychologie, de sexologie, de sociologie et d'études féministes.
- Aider les familles et les ami-e-s des intersexué-e-s à comprendre l'intersexualité et de faire face aux problèmes spécifiques à leur rôle de personnes de soutien.
Cette section donne la parole à deux mères, Louna et Clarisse, qui aiment leurs enfants et qui ont le courage de travailler avec l'OII pour sensibiliser le public sur cette problématique.
LOUNA
Bonjour à toutes et tous
Je suis heureuse de pouvoir par cette section vous apporter mon témoignage. Je suis maman d’un enfant Intersexué, et heureuse et fière d’être sa maman. Je pense qu’il est important pour nous en tant que parents de pouvoir parler sans tabou de l’intersexualité de nos enfants, sans pour autant chercher à faire du sensationnel. Malgré tout je respecte ces personnes qui veulent faire de leur intersexualité un « spectacle ». Il en faut pour tout le monde, mais à condition que cela n’affecte pas les autres.
J’ai trouvé le site de l’OII et après avoir lu les positions officielles de l’association, j’ai commencé à dialoguer avec le fondateur de l’OII. Ces positions m’ont aidé à mieux comprendre l’intersexuation de mon enfant et à prendre des décisions concernant les traitements de mon enfant parce que nous les parents, on doit parler au nom de nos enfants qui ne peuvent pas encore parler.
Maintenant nous voulons expliquer les positions officielles.
"Nous militons contre toute intervention chirurgicale des enfants nés avec des organes génitaux atypiques qui ne soit pas nécessaire et nous militons pour le droit de chaque enfant de déterminer sa propre identité sexuelle une fois que l'enfant peut nous la communiquer et nous conseillons aux parents de respecter l'identité de leur enfant et de faire tout ce qui est nécessaire pour que l'enfant puisse vivre selon son choix."
Explication: L'OII n'a jamais été contre toutes les interventions car on sait qu'il y a des interventions qui sont nécessaires et tout ce qu'on veut c'est que les médecins soient honnêtes avec les parents car ce sont eux qui doivent prendre ces décisions. L'enfant ne PEUT pas car il ne peut pas parler et il ne comprendra pas.
Aussi, OII veut que les personnes concernées sachent qu'il y a plus d'enfant intersexués qui rejettent le sexe attribué à la naissance que d'autres enfants et nous voulons que les parents et médecins soient prêts à accepter cela. Néanmoins, cela n'arrive pas dans la majorité des cas.
"Une fois que l'enfant nous a communiqué clairement son identité sexuelle, il est essentiel que son identité soit respectée et par les parents et par tous les médecins et thérapeutes qui soignent l'enfant. On devrait l'aider en lui donnant accès aux hormones à la puberté et aux autres soins médicaux nécessaires pour faciliter le choix d'identité sexuelle qui lui semble la plus appropriée à l'enfant."
Explication: l'OII est en faveur de tous les traitements qui RESPECTENT le désir de l'enfant de vivre dans le sexe qui LUI semble le plus approprié. Depuis le début, l'OII n'a jamais été contre toute normalisation. On veut que les personnes attendent pour savoir si l'enfant veut cela et que tout le monde aide les parents et l'enfant à comprendre l'implication d'un tel geste.
"Par conséquent, nous militons en faveur d'un changement du protocole médical en ce qui concerne l'intervention chirurgicale et contre le diagnostic de dysphorie de genre souvent nécessaire si une personne intersexuée n'est pas en accord avec le sexe qu'on lui a attribué. L'Organisation Internationale des Intersexué-e-s postule que le vrai sexe de l'enfant est déterminé par son propre vécu psychologique et d'autres facteurs importants. Pour l'OII, toute imposition d'identité sexuelle sans le consentement de l'intersexué-e est une violation fondamentale des droits humains."
Explication: On ne veut PAS que les spécialistes confondent la transsexualité avec l'intersexuation. Donc, si un enfant intersexué refuse de vivre dans le sexe attribué, on ne veut pas que les spécialistes les pathologisent en leur disant qu'ils ont des maladies mentales et ce diagnostique - trouble de l'identité de genre est en effet considéré comme une maladie mentale. (OII ne veut pas parler pour les transsexuel(le)s et dire que nous sommes contre ou pour ce diagnostique pour les personnes trans. Cela est leur affaire à régler, pas la nôtre. Pour l'OII, ce n'est pas une maladie si un enfant rejette le sexe qu'on lui a attribué.)
La deuxième Position:
"La création d'une catégorie spécifique pour les intersexué-e-s risque de marginaliser encore plus une catégorie déjà mal comprise. Nous fondons nos arguments juridiques sur le droit de chaque personne de déterminer sa propre identité dans le système binaire actuel dans l'espoir de pouvoir éventuellement mettre fin au fait d'imposer un sexe juridique aux individus."
L'OII n'est PAS en faveur d'un troisième sexe. On veut seulement que l'enfant ait le droit de déterminer celui qui lui convient le mieux.
Si l'enfant veux vivre en intersexe, nous voudrions que cela soit respecté aussi mais la loi ne respecte pas cette décision et cela n'est pas la faute des parents. Donc, sur le plan juridique, ce n'est pas une option pour les parents qui sont OBLIGÉS par la loi de choisir un sexe pour l'enfant. Ce ne sont pas les parents qui sont responsables des lois sexistes. Eux aussi sont victimes de ce sexisme entériné par la loi et souvent ils sont affolés par toutes ces questions.
Aujourd’hui avec beaucoup d’explications, j’ai pu comprendre ce qui arrivait à mon enfant. Par les paroles de certaines personnes j’ai pu surtout accepter que mon enfant soit différent. Nous sommes tous différents des uns des autres mais nous sommes tous des êtres humains. Il est important pour nous parents d’être ouverts, à l’écoute, de nos enfants.
L’intersexualité est une disposition DE LA NATURE au même titre qu’être homme ou femme classiques. Les personnes intersexuées devront se battre pour affirmer qu’elles sont des personnes à part entière dont la famille, les amis ne doivent pas avoir honte. Une personne intersexuée est un être humain comme les autres. Mais elles devront aussi se battre pour défendre leurs droits à vivre dans cette société, selon leur choix du sexe qu’elles auront elles-mêmes choisi. Personne n’aura le droit de le faire à leur place. Ni les médecins, ni les parents. Défendre ses droits, s’intégrer, voilà le parcours qui attendra mon enfant ! Je serais là pour l’aider, le soutenir.
Je n’ai pas honte de sa différence. L’intersexualité existe : ne fermez pas vos yeux, n’enfermez pas ses enfants dans l’oubli. La seule chose que nous voulons c’est le bonheur de notre enfant, et nous serons prêts à tout pour cela.
Louna, maman d’un enfant intersexué
CLARISSE
Bonjour à tous et toutes
Je suis une maman comblée d'un enfant intersexué et il me semble important de témoigner mes opinions sur l’intersexualité car tous les avis doivent être entendus.
Pour ma part je respecte tout le monde (tous les genres humains) mais je commence à en avoir assez qu’on véhicule toujours les mêmes informations sur les IS.
Je pense que chacun a un vécu, une histoire qui lui est personnelle avec des douleurs et des joies.
Il est difficile de témoigner car ce sujet reste mal compris et en tant que parents c’est une protection pour nos enfants.
Les médias véhiculent souvent une très mauvaise image des IS. Je respecte les gens qui s’exhibent et accentuent leur différence mais il faut également respecter les IS qui veulent vivre dans la norme (plus précisément leur norme). Beaucoup d’intersexués vivent en homme, en femme, ou les deux ou asexués. Alors j'aimerais qu’ils soient eux aussi entendus. Ce qui m’indigne le plus c’est quand on accuse des parents de mutilations sans aucune justification ! Tous les médecins ne pratiquent pas ces opérations et le milieu médical a beaucoup avancé. Je précise que je parle pour moi et mon enfant car chaque parcours est différent et je ne voudrais blesser personne. Les médecins sont très clairs avec nous et le bonheur de ma fille est très discuté.
Au niveau des organes génitaux tout ce qui est « trop » petit ou « trop » grand n’est pas forcément corrigée. Pour ma fille son clitoris est plus grand que la moyenne mais les médecins se sont toujours souciés de son plaisir et il n’a pas été amputé pour nous rendre notre enfant parfait ou hétéro (c’est souvent ce qui est dit dans les reportages). L’orientation sexuelle de ma fille, je m'en moque qu’elle soit lesbienne, bisexuelle ou autre. Je l’accepterais et je veux qu’elle se sente bien dans son corps avant tout. Les médecins ont bien insisté sur ce grand clitoris et nous étions d'accord pour le laisser ainsi pour son plaisir et sa vie future. Dès sa naissance le milieu médical nous a tout de suite parlé de sa différence. Ils ne nous ont rien caché et à aucun moment ils nous ont dit que notre enfant était anormal. Je suis une maman qui a été informée et orientée sans tabous ni secret. Je trouve cela un peu facile de rejeter la faute sur les médecins et les parents et surtout cela ne nous fait pas avancer.
Alors bien sur j'aurais aimé que notre société accepte nos enfants tels qu’ils sont mais ce n’est pas le cas.
C’est le travail des parents d’aider son enfant à se construire une identité et je suis totalement contre laisser un enfant sans identité, c’est criminelle !
Chaque enfant doit connaitre son histoire. Il doit la vivre et non la subir. Je pense qu’il faut expliquer sa différence avec des mots adaptés à son âge pour que l’enfant puisse s’accepter et s’épanouir.
Tout est possible du moment qu’il y a du dialogue, de la tolérance et surtout de l’amour. Je crois que les tabous, les mensonges et les secrets sont très violents pour les personnes intersexuées. Le plus important pour moi c’est que mon enfant se sente bien dans son corps et bien dans notre société.
Chaque individu devrait avoir le droit d’exister qu’ils soient homme, femme ou les deux ou asexué qu’ils soient IS ou pas.
Pour finir je dirais que je suis pleine d'espoir et que j'ai déjà rencontré des gens formidables IS ou pas.
J’ai beaucoup avancée même s’il me reste quelques questions et quelques doutes. Par contre ce que je suis sur c’est que je t’aime ma fille.
Clarisse